Sur le rivage de ma vie, je vais errant, les yeux fixés
Sur le sombre océan de la mort, noyé sous un voile de brumes.
La désolation grandit sur le rivage de ma vie.
Ô coulez, mes larmes, coulez encore! Dans ma course vagabonde,
Je revois les jours heureux d'un amour mort depuis longtemps;
Comme une railleuse troupe de spectres, dans un sifflement rapide,
Ils passent, et une nouvelle douleur ranime mes anciennes blessures.
La poussière de mes éspérances et les couronnes des morts
Chers à mon coeur, passent avec un bruissement d'ailes,
Emportés par le tourbillon de la tempête déchainée.
Dans mon âme il fait noir, toujours plus noir.
Le crucifix, où dans les beaux jours de mon enfance
Je me prosternais si souvent, heureux de prier,
Est brisé à présent et gît sur le rivage,
Où les flots de la mort viennent arroser ses débris.
Mais voici qu'il me semble entendre des voix étranges:
Tantôt, c'est comme une rumeur confuse venant de la mer
Qui frappe mes oreilles, tantôt c'est l'écho de choeurs lointains,
Puis, c'est le silence, et seules les vagues élèvent leur murmure.
Un ami grave et sévère, mon unique compagnon,
M'indique, d'un geste silencieux, les sombres flots;
Près de moi il s'avance, plus pressant toujours:
Serre-moi contre ton coeur, muet et courageux compagnon de la mort!